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Sida : les gorilles moins infectés que les chimpanzés

Une vaste étude menée par des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires(1) pendant trois ans en Afrique centrale, le berceau du sida, vient de montrer que l’infection SIV(2) est beaucoup moins répandue chez les gorilles que chez les chimpanzés : respectivement 1,6% contre 5,9%. Les scientifiques ont identifié des foyers de gorilles infectés sur seulement trois sites géographiques, sur la vingtaine qui ont été étudiés. La faible prévalence3 et cette distribution sporadique, ajoutées aux précédentes données sur les relations phylogénétiques entre SIV et VIH, confirment que les gorilles ont été contaminés par les chimpanzés. Ces travaux permettent de préciser dans quelle mesure les contacts avec les grands singes, décuplés aujourd’hui par la déforestation et le braconnage, constituent un risque pour l’homme. Bien que peu nombreux, ces foyers isolés peuvent en effet être source d’infection humaine.

Trente ans après l’apparition des premiers cas de sida chez l’homme, cette maladie touche aujourd’hui près de 33 millions de personnes. Où, quand, comment et pourquoi ce virus s’est-il développé ? Pour tenter de répondre, l’unité VIH/Sida et maladies associées, qui associe l’IRD et l’université Montpellier 1, conduit depuis 10 ans un projet international1 en Afrique centrale, le berceau du fléau.

Les scientifiques savent désormais que l’homme s’est contaminé auprès de ses cousins les grands singes, probablement lors de la chasse. De précédents résultats de cette équipe ont montré que les ancêtres du VIH-1, responsable de la pandémie actuelle de sida chez l’homme, persistent aujourd’hui chez des groupes de chimpanzés sauvages de la sous-espèce troglodyte vivant dans le sud du Cameroun. Afin de déterminer comment et dans quelle mesure les gorilles ont également été infectés, les chercheurs ont mené, pendant trois ans, une vaste étude épidémiologique sur une vingtaine de sites en Afrique centrale. Ces travaux permettront également de mieux comprendre leur rôle dans les infections humaines.

Une méthode originale

Pour étudier cette espèce protégée sans la perturber, ils ont utilisé une méthode diagnostique originale non invasive, développée par les chercheurs de l’IRD et leurs partenaires de l’Université d’Alabama il y a dix ans. Ils ont collecté et analysé près de 3 000 échantillons fécaux prélevés autour des nids des grands singes et de leurs lieux de repas au Cameroun, en République centrafricaine, au Gabon, en République du Congo et en République démocratique du Congo. Au total, seuls 42 échantillons, répartis sur uniquement 3 des 21 sites de l’étude, se sont avérés positifs au SIV(2). En recoupant leurs travaux avec les analyses microsatellites, les chercheurs ont montré que ces prélèvements correspondaient seulement à 16 individus.

Les gorilles, une source potentielle d’infection pour l’homme

La prévalence(3) du virus chez ces primates est donc faible et sa répartition géographique sporadique. De plus, celle-ci est beaucoup moins importante que chez les chimpanzés : seuls 1,6 % des premiers sont infectés en moyenne, contre 5,9 % des seconds. Toutefois, des foyers isolés d’infection existent, avec parfois un quart des membres du groupe contaminés. Ceux-ci peuvent constituer une source de transmission à l’homme.

Le taux d’infection et la diversité génétique plus faibles du SIV chez les gorilles semble confirmer que ces derniers ont été contaminés plus récemment.

Du singe à l’homme

L’origine exacte du virus du sida et les modes de transmission des grands singes à l’homme se précisent. L’hypothèse la plus probable est que ce dernier a été contaminé suite à des contacts avec du sang et tissus contaminés lors de la chasse, du dépeçage et de la préparation de la viande de singe.

De nombreux facteurs interviennent ensuite dans la propagation du virus : migrations, urbanisation massive, pratiques de médecine de masse (aiguilles non stériles) sont autant de facteurs à l’origine de la diffusion de la pandémie.

Une pléthore de virus simiens affecte une quarantaine d’espèces de primates africains. Seuls les chimpanzés et les gorilles présentent aujourd’hui des virus proches du VIH. Mais les contacts hommes/singes n’ont jamais été aussi importants en Afrique centrale, notamment du fait de la déforestation massive et des mouvements de population qui s’ensuivent. De nouvelles souches virales, entre autres par recombinaison avec les VIH existants, pourraient voir le jour, élargissant l’éventail déjà très étendu des virus du sida qui circulent actuellement.

Cette étude révèle une faible prévalence et une distribution sporadique du SIV chez les gorilles d’Afrique centrale. Sans exclure la possibilité de taux d’infection plus élevés dans d’autres sites, ce résultat confirme qu’ils ont été contaminés plus récemment que les chimpanzés. De plus amples recherches sont nécessaires pour élucider l’origine de ce virus chez les gorilles et déterminer s’il est pathogène pour eux. Ceci tout en continuant des études de terrain non-invasives pour cette espèce protégée.

(1) Ces travaux ont été réalisés en collaboration avec des chercheurs du Projet Prévention du Sida au Cameroun, de l’université d’Alabama à Birmingham, de l’université de Kisangani en République Démocratique du Congo, de la Harvard Medical School à Boston, de VaccinApe à Bethesda et de l’université de Washington aux Etats-Unis. Ces recherches ont reçu le soutien de l’ANRS et du NIH.
(2) Les SIV (virus de l’immunodéficience simienne, relative aux singes) sont les ancêtres du VIH-1 (virus de l’immunodéficience humaine), responsable de la pandémie de sida chez l’homme.
(3) La prévalence d’une infection est le nombre de personnes contaminées dans une population à un moment donné.


Contacts :
Martine PEETERS, directrice de recherche à l’IRD
martine.peeters@ird.fr
UMR 145 - VIH/SIDA et maladies associées (IRD et l’université Montpellier 1)

Adresse :
IRD Montpellier
911 avenue Agropolis
BP 64501
34394 Montpellier cedex 5

Références :
Neel Cécile, Etienne Lucie, Li Y. Y., Takehisa J., Rudicell R. S., Bass I. N., Moudindo J., Mebenga A., Esteban Amandine, Van Heuverswyn F., Liegeois Florian, Kranzusch P. J., Walsh P. D., Sanz C. M., Morgan D. B., Ndjango J. B. N., Plantier J. C., Locatelli S., Gonder M. K., Leendertz F. H., Boesch C., Todd A., Delaporte Eric, Mpoudi-Ngole E., Hahn B. H., Peeters Martine. Molecular epidemiology of Simian immunodeficiency virus infection in wild-living gorillas. Journal of Virology , 2010, 84 (3), p. 1464-1476.

Contacts presse :
Coordinatrice
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fichesactu@ird.fr

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